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Qu'est-ce que le djongué, l'art sénégalais de la séduction ?

Illustration de l'article « Qu'est-ce que le djongué, l'art sénégalais de la séduction ? »
Illustration Keur Désir (créée par intelligence artificielle).

En bref : Le djongué désigne, au Sénégal, l'art de plaire, d'accueillir et de prendre soin de soi comme de l'autre. Il passe par des objets (encens, perles, petits pagnes) mais surtout par une manière d'être, faite de douceur, d'attention et de discrétion. C'est un savoir de femmes, transmis de génération en génération, que chacune réinvente aujourd'hui à sa façon.

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Un mot, plusieurs graphies

Vous l'avez peut-être entendu dans la bouche d'une tante, lu sous une photo ou croisé dans une conversation entre amies : le djongué (on écrit aussi jongué, diongué ou djongé) désigne au Sénégal l'art de séduire et de plaire. Dire d'une femme qu'elle est « djongué », c'est saluer son charme, son élégance et son sens de l'attention.

La presse sénégalaise le présente souvent comme un savoir propre à la vie de couple : savoir accueillir, savoir parler avec douceur, savoir créer chez soi une atmosphère où l'on a envie de revenir. Le djongué ne se joue pas dans la rue, mais à la maison. C'est un art de l'ambiance et de la relation, bien plus qu'une affaire d'apparence.

Pour retrouver les mots wolof qui reviennent dans nos articles, gardez notre lexique à portée de main.

Les gestes et les objets du djongué

Le djongué s'appuie sur quelques objets devenus emblématiques, que l'on retrouve dans de nombreuses maisons sénégalaises.

  • Le thiouraye, l'encens traditionnel. Chaque femme a ses mélanges et ses secrets, à base de plantes odorantes comme le gowé, de résines ou de gomme arabique. Il parfume la maison et les vêtements, et signe l'accueil. Tout l'univers est à découvrir dans notre rubrique Thiouraye et encens.
  • L'encensoir, appelé ande thiouraye en wolof, en terre cuite ou en métal, où l'encens se pose sur les braises. Le choisir est un petit art en soi : voyez nos repères sur les encensoirs.
  • Les bine-bine, ces rangs de perles portés autour de la taille, sous les vêtements, dont le léger tintement fait partie du charme. Nous leur consacrons une rubrique entière : Bine-bine et baya.
  • Le béthio, ou petit pagne, souvent tricoté ou brodé à la main, qui appartient à l'élégance de la maison. Retrouvez-le dans Petits pagnes et tenues de nuit.

Mais réduire le djongué à ces objets serait passer à côté de l'essentiel. Les récits recueillis par les journalistes sénégalais insistent tout autant sur les gestes : appeler l'autre par le surnom qu'il préfère, prendre le temps de lui demander comment s'est passée sa journée, préparer un plat qu'il aime, recevoir avec autant d'égards qu'un invité de marque. La cuisine, la musique, la manière de nouer un foulard ou de porter un pagne participent du même langage.

Des valeurs plus que des recettes

Derrière ces gestes se dessinent des valeurs profondément ancrées dans la culture sénégalaise. L'anthropologue Véronique Gilbert, qui a consacré une thèse à l'université d'Édimbourg à cet art de la séduction, montre qu'il s'articule à des notions wolof centrales : la teranga, l'hospitalité dont le Sénégal a fait sa signature, la sutura, la discrétion et la pudeur, et le muñ, la patience.

Ces trois mots éclairent beaucoup de choses. La teranga explique pourquoi le djongué commence par l'accueil : une maison parfumée, un plateau préparé avec soin, une hôtesse disponible. La sutura explique pourquoi tant de ces gestes restent cachés : les perles se portent sous les vêtements, les recettes d'encens ne se partagent pas, et ce qui se vit dans le couple ne s'expose pas. Le muñ, enfin, rappelle que le djongué est un art du temps long, qui se cultive au fil des années plutôt qu'en un soir.

C'est aussi pour cela que le djongué se transmet. Les mères, les tantes et les grands-mères en ont longtemps été les gardiennes, et elles le restent dans bien des familles. Nous y reviendrons en détail dans un prochain article.

Un art qui se discute

Le djongué n'échappe pas au débat, et c'est tant mieux. Certaines chroniqueuses et chercheuses soulignent qu'il a longtemps fait reposer sur les seules femmes la charge de plaire, de retenir et d'entretenir le foyer. D'autres voix rappellent que la séduction est l'affaire des deux : un homme aussi doit savoir courtiser, surprendre et prendre soin de sa compagne.

Chez Keur Désir, nous aimons le djongué comme une culture de l'élégance et de l'attention, que chacune est libre de vivre à sa manière. On peut allumer un thiouraye pour accueillir quelqu'un, mais aussi pour soi, après une longue journée, parce que l'odeur rappelle la maison d'une grand-mère. On peut porter des bine-bine pour le plaisir de se sentir belle, sans avoir de comptes à rendre à personne. Le djongué d'aujourd'hui est d'abord une façon de prendre soin de soi et de faire vivre un héritage.

Par où commencer ?

Si vous découvrez le djongué, commencez simplement : un encens que vous aimez, un encensoir adapté à votre logement, peut-être un premier rang de perles. Prenez le temps de demander à une aînée comment elle faisait : c'est souvent la plus belle porte d'entrée.

Nos sélections Top 10 vous aideront à choisir vos premiers objets, et notre rubrique Karité, huiles et soins complète ce rituel de soin du corps. Pour offrir, pensez à nos coffrets et idées cadeaux. Et si vous voulez savoir comment nous choisissons ce que nous vous présentons, tout est expliqué sur la page À propos.

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