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Qui transmet le djongué : badiènes, tantes ou mères ?

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Illustration Keur Désir (créée par intelligence artificielle).

En bref : Au Sénégal, le djongué ne s'apprend pas dans les livres : il passe de femme en femme. La badiène, tante paternelle respectée, les tantes, les mères et les grands-mères en sont les gardiennes, chacune à sa place. Aujourd'hui, cette transmission continue, entre conversations de famille, télévision et vie loin du pays.

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La badiène, une tante pas comme les autres

Dans les familles sénégalaises, la badiène (en wolof bàjjan) est la sœur du père. Le mot se traduit simplement par « tante paternelle », mais il dit beaucoup plus que cela. La badiène occupe une place singulière : elle mérite le respect dû à la famille du père, tout en restant plus proche et moins sévère que lui. Elle conseille, elle tempère, elle bénit.

La confiance attachée à cette figure est telle que le Sénégal a donné son nom à un programme de santé communautaire : les badiénou gokh, littéralement les « badiènes du quartier », sont des femmes choisies par leur entourage pour accompagner les futures mères. Qu'un pays entier ait pensé à ce mot pour désigner des marraines de confiance montre bien ce qu'il représente.

C'est aussi la badiène que l'on retrouve aux moments importants de la vie de sa nièce. Les travaux universitaires consacrés au mariage wolof la signalent par exemple lors de la veillée qui précède le départ de la mariée vers son nouveau foyer, aux côtés de l'imam qui prononce les prières. Nous y reviendrons dans notre article sur les traditions du mariage.

Les tantes, gardiennes des secrets

Si l'on en croit les récits recueillis par la presse sénégalaise, ce sont souvent les tantes qui initient la jeune fille au djongué lorsqu'elle arrive en âge de se marier. À l'abri des regards, dans une chambre, elles lui présentent ce que les journalistes appellent avec humour son « arsenal » : les petits pagnes, les perles, l'encens, mais aussi les mots, les attentions et les manières.

Pourquoi les tantes plutôt que la mère ? Parce qu'il y a des choses qu'une mère dit difficilement à sa fille, et qu'une tante dit avec plus de liberté. La tante a l'expérience d'une femme mariée et la complicité d'une grande sœur. Elle peut rire, raconter, montrer. Cette distance bienveillante fait d'elle la confidente idéale.

Ce rôle n'est d'ailleurs pas propre aux familles wolof. Dans de nombreuses communautés du Sénégal, les tantes entourent la future mariée dans les jours qui précèdent son départ et lui prodiguent leurs derniers conseils, chacune selon les usages de sa famille.

Les mères et les grands-mères

La mère, elle, transmet souvent sans le dire. C'est auprès d'elle que la petite fille apprend les bonnes manières, la cuisine, l'art de recevoir et la façon de prendre soin d'elle-même. Elle voit sa mère préparer le thiouraye, choisir un pagne, accueillir les invités. Le djongué s'apprend d'abord par les yeux.

Les grands-mères tiennent une place à part. Ce sont elles qui portaient autrefois les béthios, ces petits pagnes devenus aujourd'hui un accessoire d'élégance, et elles gardent la mémoire des mélanges d'encens et des usages anciens. Le jour où leur petite-fille quitte la maison pour se marier, certaines prennent la parole pour chanter ses louanges et rappeler les femmes remarquables de sa lignée, afin qu'elle s'en inspire dans sa nouvelle vie.

Autour de ces figures familiales gravite tout un cercle : les voisines, les amies plus âgées, les vendeuses du marché qui conseillent un encens ou une perle. Le savoir circule de bouche à oreille, dans une conversation, au détour d'un achat.

Une transmission qui change

Ce savoir se transmet aujourd'hui aussi par d'autres canaux. La télévision et le théâtre sénégalais l'évoquent volontiers, les boutiques en ligne expliquent l'usage de leurs produits, et les réseaux sociaux regorgent de conseils plus ou moins avisés. Les jeunes femmes de la diaspora, qui ont grandi loin de leurs tantes, découvrent parfois le djongué par ce biais.

Rien ne remplace pourtant la parole d'une aînée. Une vidéo ne vous dira pas pourquoi votre grand-mère préférait tel encens, ni comment votre tante nouait son pagne. Ces détails font toute la richesse d'une tradition vivante, qui varie d'une famille à l'autre.

Transmettre à votre tour

Vous n'avez pas besoin d'être badiène pour transmettre. Quelques idées simples :

  • Posez des questions. Demandez à votre mère, à vos tantes, à votre grand-mère comment elles faisaient. Notez leurs recettes d'encens et leurs souvenirs : c'est un patrimoine familial.
  • Offrez avec du sens. Un premier rang de perles, un encensoir et son thiouraye, un pot de karité : nos coffrets et idées cadeaux sont pensés pour accompagner ces moments.
  • Expliquez les mots. Notre lexique réunit les termes wolof du djongué, de quoi partager la culture avec celles et ceux qui la découvrent.

Pour aller plus loin, relisez ce qu'est le djongué et l'histoire des bine-bine, ou explorez notre rubrique Le djongué.

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